Travail de remédiation cognitive dans le TDAH

Travail de remédiation cognitive dans le TDAH

Modèle de Sonuga-Barke : aversion du délai et gestion temporelle 

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L’école de psychomotricité de Toulouse est à la pointe de la recherche dans le domaine des approches théoriques et pratiques : le travail des étudiants en psychomotricité y est remarquable.

http://www.psychomot.ups-tlse.fr/memoires.php

A. Prise en charge – Principes généraux

Comme dans toute action à visée thérapeutique, il est indispensable d’avoir l’adhésion de l’enfant. Il est donc important d’amener l’enfant TDA/H à comprendre la nature de ses difficultés et de l’intérêt de la prise en charge. Il est nécessaire d’expliquer le choix des activités et leurs objectifs. A chaque début de séance, il est pertinent de répéter les règles permettant le bon déroulement de la prise en charge. De plus, il est utile d’expliquer le déroulement de la séance, l’ordre des exercices qui vont lui être proposés, et une estimation de la durée de ces activités. Il faut que l’enfant puisse visualiser l’écoulement du temps : utilisation d’horloge, réveil ou chronomètre, afin qu’il soit capable de savoir à tout moment où il en est. L’espace doit être dépouillé au maximum des stimuli distracteurs éventuels pour ne pas augmenter les risques d’interférence avec la tâche. Lors de l’organisation de la séance, il faut, le plus possible, faire attention à alterner la nature des activités. En effet, il est préférable d’avoir un équilibre entre activités perceptives et motrices, afin d’optimiser l’investissement de l’enfant qui s’impatiente rapidement.

B. Techniques utilisées en fonction des objectifs

1. Mise à la tâche et son maintien

Le concept de compliance recouvre la capacité à répondre positivement à une demande faite par l’entourage. Les enfants TDA/H présentent une non-compliance qu’il faut clairement distinguer de la désobéissance, qui, elle, implique une volonté d’opposition. Cette compliance est étroitement liée à la notion de motivation. On distinguera deux types de motivations pour une tâche donnée :
La motivation initiale, qui permet d’entrer dans une activité. Elle est liée au caractère novateur et attractif de l’activité et/ou du matériel qui incitera le sujet à commencer son action. L’objectif est donc de proposer une gamme variée et stimulante de situations plus ou moins ludiques.
La motivation générale, qui permet le maintien des objectifs jusqu’au terme de la tâche. Le maintien de la motivation est possible grâce aux renforcements positifs sociaux immédiats et continus, au principe de Premack et à l’économie de jetons. Les renforcements
On appelle renforcement toute procédure dans laquelle la présence d’un phénomène, appelé renforçateur, modifie la fréquence d’apparition d’un comportement. On utilise le renforcement positif avec ces enfants afin d’augmenter la probabilité d’apparition d’un comportement donné. Ces renforcements peuvent être primaires (nourriture), secondaires, dits sociaux (sourire, félicitations, encouragements), tertiaires ou symboliques (médaille). Le renforcement négatif, quant à lui, tend à diminuer la fréquence.
Le principe de Premack : appelé la « Loi de Grand-Maman ». Cette méthode est utilisée pour faire apparaître des comportements nouveaux adaptés ou à faire disparaître ceux qui sont incompatibles avec les comportements désirés. Elle consiste à utiliser une activité préférée du sujet comme renforçateur d’une activité qu’il aime moins (« Tu pourras faire cela après avoir fait ceci »).
L’économie de jetons : le sujet reçoit des crédits à chaque émission d’un comportement particulier recherché et défini au préalable avec lui. Ces crédits peuvent correspondre par exemple à des minutes pour une activité de son choix en fin de séance.
La couverture verbale : le professionnel parle en continu, en commentant ce que fait l’enfant. Et ceci en faisant remarquer tout élément positif de son comportement.

2. Arrêt de la réponse en cours

a) « Stop, Listen and Go » (Stop, Ecoute et Vas-y)
Elle est utilisée quand l’enfant présente un comportement impulsif ou une agitation excessive face à une situation donnée. Elle consiste à arrêter le sujet avant ou pendant une tâche. On lui demande d’écouter, on lui reformule la consigne clairement. Ensuite lorsqu’on est certain qu’il a intégré la consigne en lui demandant de l’expliquer, puis on lui dit d’y aller.
Dans le même ordre d’idée, on peut recourir au « Stop, Look and Listen » ou au « Stop, think and go » (stop, regarde/réfléchit et écoute). Ceci afin d’inciter l’enfant à observer et prendre en compte tous les éléments, avant de réaliser la tâche.

b) Le retrait d’attention
Il s’agit d’un renforcement négatif. Cet outil consiste à ignorer les comportements indésirables : ne pas accorder la moindre attention à l’enfant tant qu’il présente ce type de comportement indésirable ; ne pas montrer la moindre réaction aux sollicitations qu’il adresse (à part pour les comportements de mise en danger de lui-même ou d’autrui). Dès qu’il parait à nouveau disponible reprendre l’activité là où elle s’était arrêtée.

c) Le « time-out »
Lorsque l’enfant présente un comportement non gérable par les techniques précédentes, on le met à l’écart des tâches proposées en essayant de dépouiller au maximum son environnement immédiat. Cela s’accompagne d’un retrait d’attention.
Cela ne doit pas s’apparenter à une punition mais plus à une mise à l’écart d’une situation trop difficile à gérer pour l’enfant, un endroit où il peut s’apaiser.

3. L’internalisation du langage

Selon Vigotsky (1934, 1985 in Marquet-Doléac, 2005, 2010), le langage est utilisé par le biais du soliloque comme un outil pour guider, planifier et réguler les cognitions et les comportements, et favorise la focalisation de l’attention. Ce langage audible durant la tâche s’intériorise progressivement. Les auteurs s’accordent sur le fait que les enfants TDA/H présentent un niveau de soliloque immature. Ces sujets présentent un retard d’intériorisation du langage ce qui entraîne des difficultés quant à la régulation et au contrôle de l’activité cognitive et/ou motrice.

Les procédés utilisés habituellement repose sur les programmes d’auto-instruction de
Meichenbaum et Goodman (1969 et 1971 in Marquet-Doléac, 2005, 2010). Il s’agit d’un programme d’internalisation du discours comparable à ce qui se passe pour un enfant
au cours du développement normal. Il se déroule en 5 phases :

1. L’adulte exécute une tâche en se parlant à voix haute. L’enfant observe et
écoute.
2. L’enfant exécute la tâche sous la direction verbale de l’adulte.
3. L’enfant exécute seul la tâche et se parle à voix haute.
4. L’enfant réalise la même activité mais cette fois à voix chuchotée.
5. L’enfant utilise le langage intériorisé et ne montre aucun signe externe de
verbalisation.

Il faut s’assurer de la bonne intégration d’une étape avant de passer à la suivante.
C. Travail spécifique sur les domaines dysfonctionnels

1. Attention et résistance aux interférences

Les objectifs : L’enfant doit être capable d’analyser et d’utiliser des informations sans qu’il soit distrait ou parasité par d’autres stimuli afin de mener son activité jusqu’à son terme de manière efficace. Il s’agit de mettre en situation des compétences perceptives déjà bien installées, afin de travailler sur la capture et la restitution de l’information, la focalisation et la discrimination perceptive et le maintien de l’attention et le balayage visuel.

Les exemples de tâches :

Capture et restitution de l’information :
– Le jeu Memory© : l’enfant doit retrouver les paires de cartes retournées.
– Le jeu Simon© : il doit répéter une séquence de couleur.
Ces jeux font aussi appel à la mémoire de travail.

Focalisation et discrimination :
– Les jeux qui demandent de rechercher des formes sur fond confus tel que le
Lynx© ou les livres Où est Charlie ? ©.
– Les jeux des différences dans lesquels le sujet doit comparer deux images ou dessins pour trouver ce qui les distingue.
– L’appariement d’images consiste à trouver la forme identiques parmi plusieurs.
– Le jeu Dobble© : l’enfant doit trouver le symbole identique entre deux cartes parmi 8.

Maintien attentionnel et balayage visuel :
– Les suivis de lignes dans lesquels l’enfant doit découvrir ce qu’il y a au bout de la corde ou du trajet.
– La recherche d’objets. Le professionnel cache en présence ou en l’absence de l’enfant dix objets dans la salle que l’enfant va devoir récupérer par la suite.

Distribution de l’attention :
On utilise des doubles tâches qui consistent à faire deux activités en simultané, comme
par exemple de raconter une histoire pendant qu’il effectue un exercice difficile.
2. L’inhibition et le délai de réponse

Les objectifs : L’enfant doit être capable de s’imposer un temps de réflexion entre le moment où il perçoit le stimulus et le moment où il donne sa réponse. Ceci afin d’optimiser la qualité de la réponse en tenant compte d’une part, des informations à sa disposition, et d’autre part, des alternatives existantes. Il doit être capable, en outre, d’arrêter ou de modifier à tout moment une réponse inadéquate.

Les exemples de tâches :

Inhibition de la réponse :
– Le jeu de la mouche : chaque joueur a dans ses mains des mouches fictives, ils doivent donc joindre leurs mains pour ne pas qu’elles s’envolent. Les joueurs se lancent une balle. Lorsqu’un joueur ouvre les mains pour rattraper la balle alors que la balle n’a pas été lancée, ce joueur perd une mouche.
– Le jeu du Jacadi : l’enfant ne doit réaliser l’ordre que lorsque celui-ci est précédé de la phrase «Jacadi a dit ». Dans le cas contraire, il ne doit rien faire.

Réponse inverse :
Ceci oblige l’enfant à visualiser la réponse habituelle, d’inhiber cette réponse, de trouver d’autres réponses possibles et d’en donner une.
– Le jeu des couleurs : le psychomotricien donne des noms d’objets, animaux, aliments, qui ont une couleur caractéristiques (ex : cochon/rose), et l’enfant doit donner une autre couleur.
– Le jeu du Colonel : l’enfant doit faire l’inverse de ce qui est demandé.
– Le jeu de la Salade de Cafards© : le joueur annonce le nom du légume qui est sur la carte qu’il retourne, sauf si ce légume est le même que celui de la carte précédente, ou s’il vient d’être annoncé. Dans ces cas là, le joueur doit donner un autre nom de légume du jeu.

Arrêt de la réponse en cours :
– 1, 2, 3 Soleil : L’enfant doit stopper sa réponse à la fin de la phrase du rééducateur. La phrase donne un indicateur temporel qui permet à l’enfant d’anticiper son arrêt.
– On demande à l’enfant de marcher ou courir au rythme du tambourin et de s’arrêter net à l’arrêt du tambourin.

Délai de réponse :
– Le jeu de « une carte, un mouvement » : chaque motif de carte est associé à un mouvement. Dans un premier temps l’enfant réalise le geste de la carte qui est présentée. Puis au signal sonore, il doit faire le mouvement de la carte, à la carte suivante.
– Le jeu des cartes noires du Uno© : on fait défiler les cartes une à une, et l’enfant doit dire «Top» quand il a aperçu une carte noire, mais il ne devra donner sa réponse qu’à la carte suivante.

3. Résolution de problèmes

Les objectifs : La résolution de problèmes est « un processus comportemental qui propose un ensemble de réponses alternatives potentiellement efficaces pour répondre à la situation problématique et augmente la probabilité de choisir la réponse la plus efficace parmi ces différentes alternatives » (D’Zurilla et Goldfried, 1971, in Marquet-Doléac, 2010). L’enfant doit donc être capable d’élaborer plusieurs solutions ou de changer de procédure quand celle de départ est erronée (ce processus fait appel à la fluence et à la flexibilité). Il doit aussi pouvoir planifier ses actions, avec la possibilité de commencer le problème par l’état final.
Les exemples de tâches :
– Demander à l’enfant d’aller chercher une balle hors de son atteinte. L’enfant doit alors énumérer toutes les solutions possibles, même les plus farfelues, choisir la plus adaptée et l’exécuter.
– Le jeu Tipover© : l’enfant doit partir d’un point A pour arriver à un point B en faisant tomber des blocs.
– Le jeu Rush-Hour© : il s’agit de dégager un véhicule ciblé d’un espace restreint en déplaçant les autres véhicules.

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3 réflexions sur “Travail de remédiation cognitive dans le TDAH

    1. Simple, clair … ça ne va pas durer … après, ça sera opaque et compliqué tellement il y a de choses à dire … 😉
      L’idée est de faire son marché des bons conseils, et de choisir comme on choisi un kilo de pommes ou un kilo de raisin…

      J'aime

  1. Inhibition et Délai de réponse:
    J’utilise le jeu  » jungle speed ».
    Les enfants doivent reconnaître les mêmes formes et le premier qui se saisit du totem donne ses cartes au perdant ( le gagnant étant celui qui n’a plus de cartes). Mais attention si tu te trompes tu ramasses toutes les cartes. Pour compliquer la tâche, certaines cartes changent la règle de temps en temps. Difficile pour certains de ne pas se jeter sur le totem…

    Aimé par 1 personne

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